Intelligence artificielle: la révolution industrielle du 21e siècle

Dernière mise à jour : juin 16

J’ai assisté dernièrement à une intervention de Mr. Yoshua Bengio, chercheur montréalais en intelligence artificielle et pionnier de l’apprentissage profond, à l’assemblée générale du Réseau Québécois de l’Innovation Sociale. Parce que l’intelligence artificielle est l’affaire de tous et que nous sommes tous responsables de son développement et de son appropriation par le plus grand nombre, je vous partage ici quelques idées — celles de Mr. bengio et les miennes — pour faire en sorte que la transition se fasse du mieux possible.


Cet article se veut un panorama non exhaustif des enjeux auxquels nos sociétés sont confrontées avec le développement des intelligences artificielles et du rôle que les citoyens, décideurs, entreprises et gouvernements ont à jouer pour que l’impact soit le plus positif possible et que la transformation de nos sociétés se réalise de manière éthique et sociale.




Les idées présentées ci-après sont assez simples mais c’est en commençant par la base que l’on fait comprendre à la masse l’importance d’un sujet comme celui de l’intelligence artificielle.


Et que l’on incite tout un chacun à devenir acteur de ce changement profond.


Intelligence artificielle: mais en fait c’est quoi?


Cédric Villani — mathématicien renommé — définit l’intelligence artificielle comme un ensemble de techniques et de procédés sophistiqués, subtils qui permettent à des algorithmes et logiciels de fournir des réponses sophistiquées à des problèmes un peu complexes. Le sujet est vaste et s’applique à TOUS les pans de nos industries. Comme toute innovation, elle vient avec des opportunités et des dangers: le principal danger reste l’homme car c’est lui qui construit les réseaux de neurones des intelligences artificielles.


Intelligence artificielle: permettre l’accessibilité au plus grand nombre


Les dialogues actuels autour de l’intégration des intelligences artificielles dans nos modes de travail doivent être appréhendés par tous: l’intelligence artificielle ne doit pas rester un sujet de niche à destination des riches. Des réflexions doivent être entreprises dès à présent pour la rendre accessible à tous et que les décisions soient prises collectivement. Il est de notre devoir de répartir la connaissance dans les mains de tous et de faciliter son appropriation par le plus grand nombre.


L’innovation est une exploration et nécessite la diversité et l’accessibilité au plus grand nombre.

Lorsque l’on observe les budgets de R&D des GAFAM, on pourrait imaginer qu’une partie de ces budgets soit investie dans le partage de l’information et la mise en place d’innovations sociales? Cela permettrait de créer l’adhésion de la masse à l’innovation, de rassurer et ainsi de fédérer.


Intelligence artificielle: la fin du travail comme esclavage


D’autant plus que le travail a des vertus sociales très fortes, l’intelligence artificielle va nous permettre de nous affranchir des tâches dites “basses” et l’homme disposera ainsi de plus de temps pour mieux communiquer et développer sa créativité.


Nous n’aurons d’ailleurs jamais assez d’enseignants, de médecins, de psychologues. Cependant, la machine peut nous aider en nous libérant du temps sur des tâches répétitives. Somme toute, il s’agit d’une nouvelle organisation du travail qui est en train de se mettre en place, un peu comme ce à quoi nous avons été confrontés au début du 20e siècle avec le Fordisme et le Taylorisme.


L’intelligence artificielle, c’est la nouvelle organisation du travail du 21e siècle.

Il est certain que nous faisons déjà face à une phase de transition importante et que les gouvernements et les citoyens doivent se préparer pour accompagner au mieux ces mutations.


Nous devons voir cette transformation comme une chance pour nous de construire la société de demain que nous voulons vraiment et de nous sentir plus libres.


Intelligence artificielle, publicité et données


Facebook est un des premiers investisseurs mondiaux dans le développement d’intelligences artificielles. Or tous les revenus de Facebook sont basés sur la publicité :) La publicité finance aujourd’hui les grandes entreprises telles que Facebook et Google. Mais qui finance les publicités et donc les intelligences artificielles? Les entreprises qui achètent les données à ces grandes entreprises pour pouvoir nous cibler, nous consommateurs finaux, en fonction de nos profils et goûts.


On comprend donc rapidement que l’enjeu est que le développement des intelligences artificielles reste libre.

Car dans la théorie des jeux, comme le soulignait Mr. Bengio, il est dit que chaque acteur a intérêt à jouer le jeu sinon il est perdant. Attention au côté pernicieux de cette théorie et de faire des choix qui sont bons aussi bien collectivement qu’individuellement. L’exemple récent du scandale de Cambridge Analytics nous invite d’ailleurs à nous poser les bonnes questions.


Autrement dit, l’intelligence artificielle moderne dépend de nos données. Et plus nous générons des données, plus nous permettons le développement d’outils capables de prédire nos comportements avant même que l’on ait cliqué sur le bouton. Innover et développer des intelligences artificielles OUI mais toujours en ayant un impact social positif.


Dans cette optique, nous devons d’ailleurs penser à maximiser la création de fiducies de données ou data trust — organisations indépendantes auxquelles les entreprises accordent leur confiance pour la gestion des données — qui, en plus de rassurer les citoyens, permettront la création de nouveaux emplois.


Intelligence artificielle: mesure de la performance des entreprises


Aujourd’hui, c’est très simple, on mesure la performance d’une entreprise uniquement sur son bénéfice net. Alors qu’on pourrait très bien imaginer une mesure de la performance à la fois sur une dimension comptable et morale.


On pourrait tout à fait imaginer un bilan comptable et un bilan moral pour les entreprises.

Par ailleurs, existe-t-il des lieux qui financent aujourd’hui des initiatives lucratives et non lucratives? Car pour avoir travaillé des deux côtés de la balance, les deux types de structures ont beaucoup à s’apporter mutuellement et les modèles à but non lucratif n’ont malheureusement pas de possibilités de croissance avec les modèles actuels. A nous de challenger les actionnaires et les investisseurs pour qu’ils revoient leur mesure de la performance.


Et si nous valorisions des firmes qui investissent aussi bien dans des initiatives lucratives que non lucratives?

Intelligence artificielle: les enjeux de la formation


Je travaille actuellement avec Academos, organisme québécois à but non lucratif ayant pour objectif d’amener les jeunes à exercer le métier de leurs rêves. Le choix de la bonne formation est donc au cœur de nos enjeux. En parlant de formation, il est primordial de former comme il le faut ceux qui bâtiront demain nos intelligences artificielles. Il est également important de donner envie aux femmes de rejoindre ce secteur car la diversité de nos intelligences artificielles se reflétera directement par la diversité de leurs concepteurs. Aujourd’hui ce sont seulement 6 à 15% de femmes qui travaillent dans la recherche dédiée à l’intelligence artificielle. Il est d’autant plus important de valoriser le codage chez les jeunes filles: c’est le très bel exemple de Cassie Rhéaume et de Concertation Montréal — Les filles et le code.


Faire comprendre aux femmes l’impact social de l’intelligence artificielle pour les rallier aux projets d’innovation.

Nous ne devons pas attendre que les gouvernements et les décideurs nous “sauvent” car les technologies nous permettent désormais de prendre le pouvoir et d’avoir beaucoup plus d’influence que ce que nous pensons.


Intelligence artificielle: quelle société pour demain?


Mr Bengio citait à juste titre la série Star Trek. On pourrait tout à fait imaginer une société basée sur les mêmes principes; à savoir une société avec beaucoup d’innovations sociales, où il n’y a plus de valeur monétaire et où les gens font le travail qu’ils ont vraiment envie de faire. Car c’est cela que pourraient nous apporter les intelligences artificielles: une société où il n’y aurait plus de guerres car tous les besoins matériels seraient comblés. Le vintage est à la mode alors remettons Star Trek sur le devant de la scène; ce n’est peut-être pas pour rien que l’épisode de Black Mirror s’inspirant de Star Trek a connu un tel succès.


A nous de mettre en place un mouvement social dédié à l’intelligence artificielle qui force les décideurs et les gouvernements à aller dans la bonne direction.

Les gouvernements ont tout intérêt à être conscients de l’ensemble des impacts sociaux et à les prendre en compte s’ils souhaitent obtenir adhésion des citoyens et que cela ne se retourne pas contre eux à moyen terme: ils doivent écouter, rassurer et mettre en place des actions qui viennent servir la collectivité. Le deep learning et le machine learning — principaux domaines de l’intelligence artificielle — sont déjà très intégrés dans notre quotidien et influencent déjà beaucoup nos choix.


A nous de comprendre les enjeux et de devenir acteur de ces changements profonds.

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