Fight of flight : un concept clé dans le développement durable

Dernière mise à jour : 22 juin

Construire des entreprises responsables sans humains responsables est une douce utopie; la transformation de nos entreprises venant en grande partie de la transformation des humains qui les composent. Nous vous proposons cette semaine de découvrir le concept de "fight or flight response" et de comprendre le rôle qu'il joue dans la construction d'une nouvelle économie inclusive et régénérative.



Fight or flight : de quoi parle-t-on ?


Walter Bradford Cannon, physiologiste américain travaillant à Harvard au début des années 1900, est à l’origine de l’expression « combat ou fuite ». Selon le American Institute of Stress, la réponse de « combat-fuite » est définie comme suit :


Une réponse physiologique au stress qui se produit en présence de quelque chose de terrifiant, que ce soit mentalement ou physiquement.

Une fois que l’esprit reconnaît la présence de quelque chose de terrifiant, la libération de certaines hormones est au cœur de l’activation de la réponse de «combat-fuite». À partir de là, le système nerveux sympathique - responsable de la réponse combat-fuite - prend le relais (à l'inverse du système parasympathique qui est lui responsable du repos et de la digestion), provoquant des changements physiques dans votre corps qui vous préparent à vous battre ou à fuir.


La réponse de « combat-fuite » vous protège, tout comme elle protégeait tous nos ancêtres, il y a des dizaines de milliers d’années. Lorsque vous êtes confronté à un danger grave et imminent, il est impératif que votre corps soit capable de réagir rapidement et efficacement, par le biais de cette réponse physiologique.




Pour cette raison, la réponse de « combat-fuite » n’est pas quelque chose que nous contrôlons consciemment. Il s’agit plutôt d’une réponse automatique qui se produit dans notre cerveau et notre corps, essentiellement sans notre consentement, une réponse au stress aigu — un peu comme le système de freinage anti-blocage de votre voiture qui se déclenche automatiquement par courtes impulsions lorsque la voiture rencontre une plaque de glace sur la route.


Fight or flight : quelle influence sur nos comportements ?


L'enjeu dans nos sociétés actuelles c'est que le danger réel n'est plus vraiment là où il était au temps de nos ancêtres chasseurs-cueilleurs.


Si vous êtes incapable de percevoir avec précision les situations réellement dangereuses, vous risquez de déclencher votre réponse de « combat-fuite » plus souvent que nécessaire.


Ce qu’il faut retenir, c’est que vous ne voulez pas que votre système de combat ou de fuite — le système nerveux sympathique — soit activé lorsqu’il n’a pas besoin de l’être.

Produire une sueur excessive est une bonne chose si vous devez fuir un ours, mais ce n’est pas une bonne chose si vous essayez de faire bonne impression lors d’un premier rendez-vous. Il est bon que votre cœur pompe plus vite et plus fort si vous devez soulever une personne blessée, mais ce n’est pas bon lorsque vous êtes assis à votre bureau et que vous essayez de terminer un rapport.


Il s’agit dans les deux cas d’une réponse physiologique au stress.


La recherche originale de David S. Goldstein dans la revue Cellular and Molecular Neurobiology indique que "si la réponse au stress est excessive ou prolongée, une variété de troubles cliniques peuvent apparaître.» En d’autres termes, le fait d’activer trop souvent la réponse de « combat-fuite » peut avoir de graves conséquences sur la santé. L’activation fréquente et à long terme de la réponse de « combat-fuite » est souvent synonyme d’un phénomène de santé appelé stress chronique.


Le stress chronique se produit lorsque votre système de stress reste activé pendant une longue période : la poussée constante d’hormones de stress peut user votre corps, le faire vieillir plus rapidement et le rendre plus vulnérable aux maladies.



Lorsque vous êtes stressé, vous avez tendance à être plus réactif, plus impulsif et plus dépendant dans vos comportements. Et c'est là que votre cher striatum rentre en jeu.


Le striatum, situé au centre du cerveau, remplit les objectifs de survie. A chaque fois qu’un objectif est atteint, ce “logiciel” est programmé pour libérer de la dopamine, la molécule du plaisir.


Seulement aujourd’hui, le striatum nous pousse à la surconsommation et, in fine, à détruire notre planète.

C'est d'ailleurs tout le sujet de l'excellent livre "Le Bug Humain" de Sébastien Bohler que nous vous recommandons vivement.


Le striatum poursuit donc cinq objectifs fondamentaux :

  • Le premier est de se nourrir : depuis l’âge de pierre, l’homme doit chercher son alimentation, et ça n’a pas toujours été facile. Ceux dotés d’un striatum développé était ceux qui s’alimentaient le mieux (selon le deal : alimentation contre dopamine).

  • Le deuxième est la reproduction : à chaque rapport sexuel, hop un shot de dopamine.

  • Le troisième est la recherche d’un statut social élevé : le striatum libère de la dopamine quand on a un sentiment de pouvoir. Ce point est d’autant plus accentué que les positions de pouvoir permettaient de satisfaire les deux objectifs précédents : alimentation en plus grande quantité et rapports sexuels facilités.

  • Le quatrième est la recherche d’informations : les hommes du paléolithique devaient être très attentifs à chaque trace de pas d’un animal s’ils voulaient survivre.

  • Le cinquième est la minimisation des efforts : chaque fois que l’être humain a la sensation de s’être préservé, la dopamine est libérée.

Le cortex cérébral, où sont logés l’intelligence et le raisonnement (entre autres), s’est développé bien après le striatum : il ne sert donc qu’à répondre aux besoins du striatum.


Les outils agricoles, l’élevage en batterie ou les OGM sont autant d’instruments inventés pour assouvir notre désir de nous nourrir.

Le cortex permet néanmoins de prendre conscience de ce qui se passe et mesure l’impact du réchauffement climatique. Mais il fait simplement un constat et ne décide pas de contrecarrer nos désirs primaires, dictés par le striatum qui désire toujours plus consommer, car il est encore dans une logique de survie.


Fight or flight : quel rôle dans le développement durable ?


Les humains prennent conscience du problème (le cortex) mais les émissions de gaz à effet de serre continuent (assouvissement de nos désirs fondamentaux du striatum).


Les hommes tentent bien de trouver des solutions alternatives, comme les énergies renouvelables. Mais la structure de notre cerveau fait que nous serons toujours tentés de surconsommer. D’autres problèmes, liés à ces modes de production, finiront par surgir. On ne fera que déplacer le problème. Pour le résoudre durablement, il faut changer notre cerveau.





Alors, comment on fait pour changer durablement notre cerveau et ne plus être soumis en permanence à une réponse combat-fuite qui n'a pas lieu d'être dans 99,9% des cas ?


  • Apprendre à respirer : la cohérence cardiaque est un exercice magique pour se reconnecter à sa respiration. Prendre le temps de respirer consciemment, c'est la clé, c'est bien ce que font les baleines;

  • Se reconnecter à la nature : toujours là pour nous, elle est essentielle et nous fait tant de bien;

  • Pratiquer le yin yoga : une pratique de yoga très douce qui active notre système nerveux parasympathique et nous reconnecte avec notre douceur et notre bienveillance;

  • Méditer : la méditation a pour effet positif de libérer de la dopamine en plus de nous ramener dans le moment présent;

  • Partager : donner déclenche une libération de dopamine importante, beaucoup plus que de consommer !


Pour aller plus loin




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